De l'enquête à la direction : accusée de l'explosion du port de Beyrouth à la tête des douanes libanaises

La décision du Conseil des ministres libanais, lors de sa dernière session jeudi, de nommer Gracia Qazzi directrice générale des douanes, a suscité une vague de débat politique, populaire et judiciaire, notamment sur les réseaux sociaux.
Cette nomination intervient alors que Qazzi est toujours accusée par le juge d'instruction Tarek Bitar dans le dossier de l'explosion du port de Beyrouth en 2020.
Qazzi, qui faisait partie des fonctionnaires devant être interrogés dans l'affaire de l'explosion de la cargaison dangereuse de nitrate d'ammonium, fait actuellement l'objet de poursuites judiciaires, mais n'a pas encore été condamnée.
Elle a également été précédemment soumise à des enquêtes concernant des pots-de-vin et le blanchiment d'argent.
* Les familles des victimes dénoncent
Les familles des victimes de l'explosion ont exprimé leur colère et leur indignation face à cette décision, la considérant comme un mépris pour le sang des victimes et une atteinte au principe de justice et à la séparation des pouvoirs.
William Noun, frère de Joe Noun, l'une des victimes de l'explosion, a qualifié cette décision d'"énorme erreur" et a confirmé que les familles organiseront un rassemblement de protestation devant le palais gouvernemental lundi prochain pour faire pression sur le Premier ministre Nawaf Salam afin d'empêcher la signature du décret de nomination, avec la possibilité de demander une rencontre avec lui.
Noun a indiqué que les familles des victimes exerceront des pressions dans toutes les directions jusqu'à la fin des enquêtes et l'émission de l'acte d'accusation, considérant que la nomination de Qazzi à un poste aussi sensible est juridiquement et moralement incorrecte.
* Point de vue juridique
En revanche, l'avocat Choukri Haddad, membre du bureau du procureur de l'Ordre des avocats concernés par le dossier de l'explosion, a confirmé que la décision de nomination est entièrement légale et qu'il n'y a rien qui empêche le Conseil des ministres de la prendre.
Cependant, il a souligné que le gouvernement a un pouvoir discrétionnaire qui lui permet de prendre en compte le sentiment national et de ne pas émettre cette décision à ce stade sensible.
Haddad a ajouté : "Qazzi est poursuivie pénalement d'un point de vue légal, mais elle n'est pas encore condamnée".
* Proche de l'émission de l'acte d'accusation
Après cinq ans depuis l'explosion du port, les observateurs s'attendent à ce que le juge d'instruction Tarek Bitar annonce bientôt la fin des enquêtes et l'émission de l'acte d'accusation, malgré les obstacles judiciaires et politiques qui ont tenté d'entraver sa capacité à poursuivre le dossier.
Bitar continue d'enquêter sur des ministres, des députés et des hauts responsables de la sécurité soupçonnés d'être impliqués dans l'explosion qui a fait plus de 200 morts et blessé des milliers d'autres.